Statistiquement, nous sommes bien dans la moyenne à la Domerguie : la plupart des éleveurs de chevaux de sport possèdent
1 à 3 poulinières et ne vivent pas uniquement de cette activité. Certes, quelques grands élevages de renommée internationale sortent du lot, mais beaucoup d’éleveurs sont en effet comme nous, à
jongler avec une ou deux activités salariées par ailleurs, histoire de se payer le plaisir, le luxe et la passion d’élever des chevaux.
« Produire » un cheval de sport, c’est vraiment un drôle de métier. Beaucoup de gens rêvent de s’improviser un jour
éleveur en imaginant faire naître un poulain de leur jument adorée.
Tout commence avec le choix de l’étalon, moment plutôt sympathique pour l’éleveur, mais parfois le choix est
primordial et même déterminant. Faut-il céder à la mode, prendre un étalon au sang étranger ou rester en race pure ? Faut-il acheter une saillie très chère pour utiliser l’étalon très en
vogue du moment ? Comment apporter ce qui manque à cette brave poulinière ?
Heureusement le hasard de la génétique fait aussi partie de l’équation.
Il faut également se rendre à l’évidence que tout comme chez les humains, le même père et la même mère ne font pas vraiment
des clones !
Puis vient le printemps et le moment des saillies. Les chaleurs vont être détectées naturellement et hop,
direction insémination, facile, non ?
Et bien pas toujours, après « x » voyages aux haras pour avoir au final une jument vide début juillet, le
découragement arrive vite ! Il faut peut-être avoir vécu ce genre de moments pour commencer à comprendre ce que peut être l’élevage.
Fort heureusement il y a aussi la superbe annonce à l’échographie, 16 jours après l’insémination : « Elle est
pleine ! Mais… il y en a deux ! » Squeezing ? ou on laisse faire ?
Parfois, la chance joue son petit rôle. Velvetsong par exemple était déjà dominante dans l’utérus,
elle a tout simplement phagocyté l’autre œuf, le résultat semble plutôt sympa !
Après, il suffit juste d’attendre… 11 mois, c’est long. Et il faut que ça tienne jusqu’au bout et sans avortement.
Et là, au printemps suivant, vient un moment crucial : la mise bas.
A la Domerguie, nous avons investi depuis quelques années dans une ceinture « Birth-alarm » qui nous avertit par un
appel sur le portable quand la jument se couche, peut-être (!) pour mettre bas. Mieux vaut y aller de trop que pas assez. Par exemple le petit Thorgal, qui était costaud
comme un poulain de trait à la naissance, ne serait sans doute pas de ce monde si nous n’avions pas été présents. Même si les fausses alarmes fatiguent parfois, ça vaut le coup !
Velvetsong a bien agacé la pauvre Jemaa qui se couchait trois fois par nuit pendant une semaine. Et nous… de même, nous étions à chaque fois du voyage. Allez expliquer à
votre employeur pourquoi vous avez des cernes sous les yeux, alors que vos enfants sont grands…
Enfin le voilà, ce petit bout, tout juste sorti de sa
poche, encore tout mouillé, les naseaux dilatés. Il respire, mais a un peu de mal à se tenir debout, à trouver la source des plaisirs, les tétines de maman pour ingurgiter le précieux jus de vie.
Il faut l’aider, rester là pour assurer le premier équilibre instable et aussi les premiers crottins.
Après l’angoisse de la première semaine, c’est partie pour la vie de cheval (Qahira de Domerguie sur la photo à 1
semaine). Et alors, c’est là que ça se complique encore un peu. Comment garder ce petit bijou en lui laissant le plus de liberté et d’espace possible, sans qu’il ne tombe malade, sans qu’il
ne se blesse, tout en espérant qu’il grandisse à merveille, qu’il soit le plus beau, qu’il saute dès l’âge de 2 ans comme une gazelle et qu’il montre des allures extraordinaires.
Plus tard, il va falloir lui trouver celui ou celle à qui il va plaire !
Ahhh, ça encore, toute une histoire ! Allez expliquer aux amateurs que les éleveurs ne sont pas tous des maquignons
malhonnêtes et qu’ils peuvent aussi avoir confiance, tout autant que dans leur moniteur. Allez expliquer aux professionnels que vous avez beaucoup investi (de l’argent et du temps) et que vous
aussi, vous aimeriez gagner un peu avec ce métier, au moins équilibrer vos frais. Que ce jeune cheval ne partira pas de la maison à tout prix, qu’il peut se faire aussi attendre et désirer, car
trois ans c’est long et c’est aussi rempli de tendres moments et d’affrontements sérieux. Un jour enfin un cavalier tombera sous le charme de votre petit protégé, il va en plus le
valoriser. Il restera en contact, car vous lui aurez expliqué votre façon de voir les choses, le courant va passer et il deviendra votre meilleur ambassadeur...
Bon nombres de cavaliers ont rapidement compris qu’il est bien plus simple
d’acheter un cheval « tout prêt » que d’élever un cheval pour en faire le sien!
Vraiment, drôle de métier, éleveur de chevaux de sport !
Pour continuer, il ne faut jamais baisser la tête et ne pas se décourager, mais cette passion ressemble parfois à un chemin
de croix. Pour tous les éleveurs, le bonheur c’est d’être à Pompadour, à Barbaste (Qahira en 2011 sur la photo) ou à Pau et d’entendre le nom du poulain que vous avez fait naître qui
entre en scène….ou bien de découvrir une belle photo et un article dans AngloMag ou l’Eperon, ou mieux encore quand un cavalier Pro vous dit que votre poulain est un architecte sur le cross ou
que la récente propriétaire d’un de vos petits revient vers vous en disant que c’est vraiment la merveille qu’elle espérait trouver ! Les joies de l’élevage quoi…
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